La protection des troupeaux : une démarche globale

Partout où le loup revient, les éleveurs ont dû s’adapter. Pour cela, encouragés par des mesures et des contrats aidés par le ministère de l’Agriculture, ils ont mis en place de nombreux moyens de protection.
Ceux-ci sont basés sur une analyse du système de pâturage de l’exploitation (les risques que prend le troupeau) mis en regard de la pression de prédation, et sont en constante évolution en fonction de l’évolution des facteurs.
La protection des troupeaux est basée sur 2 «outils» que les éleveurs ont dû apprendre à maîtriser ou à adapter au nouveau contexte de la prédation : chien, regroupement nocturne associé à des modes de conduite du troupeau en clôture électrifiée ou gardé par un berger.

Le guide « Protection des troupeaux contre la prédation » est l’ouvrage de référence.

Le travail du berger ou de l’éleveur : la clef du système de protection

Tout le système de protection du troupeau est basé sur la prise de décision de l’éleveur ou du berger, en fonction des risques de prédation qu’il évalue et du bien-être qu’il veut pour son troupeau.

Il est faux de croire ou de penser qu’avant la présence de grands prédateurs, les troupeaux n’étaient pas gardés. La surveillance du troupeau est la base du travail du métier d’éleveur et elle s’entend différemment selon les Régions et les contextes d’élevage. Pour exemple dans les Alpes du Sud (Région Provence-Alpes-Côte d’Azur), grande Région de pastoralisme, les bergers ont toujours gardé leurs troupeaux et ce même avant l’arrivée du loup. Dans d’autres Régions françaises, la surveillance se fait plutôt par des visites quotidiennes ou régulières, les brebis pâturant dans des parcs ou des endroits clos.

L’arrivée du loup a fortement remis en question les métiers d’éleveur et de berger et a imposé un surplus de travail considérable pour un bien-être des brebis qui s’est dégradé.

Le chien de protection : un outil primordial

L’expérience acquise montre que les chiens de protection sont la première base de la protection du troupeau en estive et souvent dans les autres contextes de prédation. Ces chiens appelés Patous sont principalement de races Montagne des Pyrénées ou Maremme-Abruzzes. On trouve également d’autres races de chiens comme les Bergers d’Anatolie, les Bergers du Caucase, les Mastines espagnols, etc. Leur comportement est basé sur la dissuasion de toute intrusion dans le troupeau, de par leur corpulence, leurs aboiements et leur capacité à s’interposer. L’éducation de ces chiens demande aux éleveurs de nouvelles compétences qu’ils ont dû acquérir parfois dans l’urgence de situation de prédation , ce qui n’est pas sans poser de problèmes.

Le regroupement nocturne : regrouper pour mieux protéger

Le loup est un animal qui privilégie les modes d’attaque les moins risqués pour lui. Pour les troupeaux domestiques, en raison d’une présence humaine en journée, les loups ont privilégié les attaques nocturnes. Un des premiers moyens de protection mis en place lors de l’arrivée de prédation sur un troupeau est le regroupement nocturne, souvent à l’aide de clôtures mobiles électrifiées. Ce regroupement facilite le travail des chiens de protection. Malheureusement, le loup a su s’adapter et les attaques, essentiellement nocturnes au début, se font de plus en plus en journée lorsque le troupeau pâture. Ce regroupement nocturne a un fort impact sur l’alimentation du troupeau. Son temps de pâturage est réduit, le berger se voyant contraint de rentrer ses animaux pour la nuit. En contexte méditerranéen l’impact est très important, les animaux ayant l’habitude de manger une partie de la nuit pour éviter les heures les plus chaudes de la journée. De plus, cela a un impact important sur le paysage: le regroupement nocturne obligeant le troupeau à des trajets supplémentaires, l’érosion peut être importante à proximité des parcs.

Des parcs sécurisés pour la protection des troupeaux

Dans de nombreux contextes, l’alimentation du troupeau se faisait en parc de pâturage. Le retour des grands prédateurs dans ces zones a fortement remis en question ces pratiques et les éleveurs ont dû sécuriser leurs parcs: ajout de fil supplémentaire, électrification… Ces investissements, bien que subventionnés, sont lourds à porter pour les éleveurs.

Une remise en cause des systèmes d’élevage et une efficacité limitée

Il ne fait aucun doute que la mise en place de ces moyens de protection limite fortement la prédation et que les éleveurs ont fait un travail important d’équipement de leur exploitation et d’adaptation de leur système d’élevage. Mais ces adaptations sont souvent au détriment du bien-être de l’animal (moins de temps de pâturage, regroupement nocturne, augmentation des déplacements…) et de la qualité de vie des éleveurs.

De plus, tous ces système de protection ne sont que partiellement efficaces et les attaques sur les troupeaux ne cessent d’augmenter. Même dans des départements comme les Alpes-Maritimes, où les éleveurs sont confrontés au loup depuis plus de 20 ans et ont mis massivement en place des moyens de protection, le nombre d’attaques augmente chaque année.

Un coût important pour les éleveurs

Même si les éleveurs sont incités et aidés à mettre en place des moyens de protection, cette mise en place a un coût. Les aides pour l’acquisition de matériels spécifiques pour la prédation, l’acquisition de chiens de protection et l’embauche de main-d’œuvre supplémentaire ne couvrent pas la totalité des frais et les éleveurs doivent financer une partie de ces coûts qu’ils n’ont pas souhaités. Cela se fait bien souvent au détriment d’autres investissements sur l’exploitation.