Manifestation anti-loup en Espagne (c) Bruno Besche-Comminge

Non, cela ne se passe pas bien avec les loups dans les autres pays européens !

Partout où le loup recolonise de nouveaux territoires, il déstabilise l’élevage des moutons et se heurte à l’opposition des éleveurs, en Suisse comme dans le Piémont italien, en Scandinavie comme dans les montagnes cantabriques espagnoles où il s’en prend aussi aux chevaux. Partout ou presque, des mesures énergiques de chasse au loup ont été mises en œuvre pour protéger les troupeaux: ainsi chaque année, 200 loups sont légalement tués en Espagne, 150 à 200 en Serbie, 150 en Slovaquie, plusieurs centaines aux Etats-Unis. En Suisse comme en Norvège, en Finlande ou encore en Suède, dès l’arrivée du prédateur, les autorités ont décidé très vite l’abattage de nombreux loups. Pourquoi la France, seule avec l’Italie, s’enferre-t-elle dans le pari impossible d’un loup gentil qui comprendrait tout seul qu’il ne doit pas tuer les agneaux ?

L’exemple norvégien

Exploitation ovine en Norvège – (c) Helle Berge

En Norvège, les exploitations sont de petite taille (70 brebis en moyenne) et les éleveurs sont tous pluri-actifs. Il n’y a pas de tradition du pâturage collectif, chaque troupeau se disperse librement dans son quartier de pâturage, où l’éleveur vient voir ses bêtes deux ou trois fois par semaine. Cet élevage traditionnel et naturel est confronté à quatre grands prédateurs: le glouton, le lynx, l’ours et le loup, récemment revenu comme en France. Les pertes indemnisées au niveau nationale atteignent environ 30 000 ovins mais les éleveurs décomptent deux animaux disparus pour chaque animal indemnisé.

La prédation est donc considérable et les troupeaux ne sont pas protégeables aux yeux des éleveurs norvégiens : le regroupement nocturne est irréalisable sur des animaux libres; les chiens de protection sont peu efficaces sur les animaux éparpillés; l’embauche de bergers est irréaliste, les conditions de terrain ne se prêtant pas à la constitution de troupeaux collectifs.

Exemple extrait du livre : « Le Grand Retour des loups dans nos paysages et nos imaginaires » par Laurent Garde aux éditions du Dauphiné Libéré

L’exemple italien

Chien Abruzze – (c) Mario Massucci

Mais comment font les éleveurs en Italie?

Dans les Abruzzes, les loups n’ont jamais disparu. Mais les Abruzzes ne sont pas les Alpes. C’est un élevage ovin laitier en montagne humide, plutôt organisé en gros troupeaux individuels conduits en un seul lot et ramenés le soir pour la traite.

Ces conditions techniques justifient l’embauche d’un berger permanent et facilitent la protection des troupeaux. La totalité de la main-d’oeuvre est balkanique, sous-payée et elle ne compte pas ses heures.

Dans ce cadre déjà favorable – mais au prix du moins-disant social – il n’ y a pas eu de rupture dans l’expérience des éleveurs face aux loups. Chaque éleveur mobilise une meute de 5 à 10 chiens de protection de race Abruzzes. Leur efficacité dépend de la hiérarchie des rôles et de la répartition des tâches au sein de la meute. Une efficacité sans doute entretenue par le braconnage important et souvent dénoncé…

L’élevage ovin dans les Abruzzes est un exemple pour les Alpins. Depuis trente ans, il a perdu les deux-tiers de ses effectifs, alors que ceux-ci sont restés stables dans les Alpes. Un contexte italien qui incite les éleveurs français à la circonspection…