Philippe : « Le pastoralisme est en grand danger »

Philippe est berger dans les Hautes-Alpes sur l’alpage de Ceuze, pas si loin de Gap que ça.

Comme de nombreux bergers, quasiment tous ceux de PACA aujourd’hui et peut etre tous ceux de France, il est confronté à la prédation.

Gagnant d’un concours photo dans le cadre de la Fete de la Transhumance de Die (Drôme), il a fait un discours témoignant bien du problème de la prédation. Nous le partageons avec vous.

Merci pour l’organisation de ce concours photo ainsi qu’à tous ceux qui m’ont permis d’être ici ce soir.

De bien belles photos étaient présentées qui montrent combien nos montagnes peuvent être belles de toutes ces brebis, ne manque que la musique des sonnailles de tous ces troupeaux d’ alpages.

Je ne suis pas un professionnel de la photo, mais suis berger salarié muni en permanence d’un appareil pocket, qui me permet de capturer ces instants rares.

Berger, ce n’est pas un métier, c’est une vie. Elle est faite de joies et de tristesses.

Ces dernières années, les tristesses sont plus nombreuses que les joies. Cette vie n’est plus ce qu’elle était.

La cohabitation avec les usagers de l’espace montagnard est devenue très tendue, du fait de l’obligation que nous avons d’avoir toujours plus de chiens de protection pour défendre nos troupeaux des prédateurs. (On nous en conseille désormais 1/ 150 Bêtes).

Malgré tous ces chiens:

  • La cohabitation avec les meutes n’est toujours pas possible. Près de 10000 bêtes ont été massacrées en 2015, malgré toutes les mesures de protection.
  • Les loups très réactifs se jouent de toutes les innovations que nous pouvons mettre en place.
  • 819 autorisations de tirs de défense en 2015 n’ont toujours pas permis de leur enseigner à éviter nos troupeaux.

Où est le temps où l’on partageait notre biasse avec les gens de passage ?

Où est le temps où nos bêtes pouvaient se nourrir de jour, comme de nuit, en toute quiétude ?

Où est le temps où le berger pouvait dormir sereinement, pour récupérer de ses dures journées à arpenter la montagne ?

Le pastoralisme est réellement en grand danger.
Continuons comme cela, Bergers et Eleveurs auront disparu d’ici moins de 20 ans. Toutes ces magnifiques Fêtes de la Transhumance ne réuniront que des nostalgiques d’un autre temps.

Je fais don aux Restaurants du Coeur de Die du premier prix. ( un agneau en caissette ).

Merci de votre attention et bravo aux organisateurs.
Philippe Lemoine Berger à Céüze, Hautes Alpes.

En grand, la photo lauréate du concours :

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